Bonjour.
Avant tout, quelques mots d'introduction. Voilà quelque temps déjà que j'avais envie de tirer le portrait de cette grue de manutention en gare de Poligny.
Et puis hier, 13 décembre 2008, le temps mi-neige, mi-soleil m'a inspiré. Voici donc le résultat de ces minutes passées avec cette vénérable dame.
Au point de vue technique, je n'ai pratiqué aucun recadrage, privilégiant ainsi ce que mon oeil avait vu. Seule concession, un traitement en N&B pour
certaines et pour d'autres, une saturation ou un contraste un peu plus poussés. Je n'ai pas osé aller plus loin dans le post traitement et profiter des choix
offerts, pour conserver un aspect vrai et toutes leurs erreurs à ces photos.
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1862, la ligne de Besançon à Lyon trace son chemin au pied du Jura et par une large boucle, s'en vient tutoyer la cité de Poligny. Celle-ci au débouché
des vallées menant sur le premier plateau industrieux, va devenir un point de croisement des marchandises, non négligeable, avec mise en place
progressive de voies de débords, d'une halle et d'une grue...
Bonjour, madame Lagrue. Comme votre environnement a bien changé...Où sont ces locomotives fumantes tirant ces wagons tombereaux pleins de marchandises
à décharger? A présent, ce ne sont que TER s'arrêtant vite fait, CIC ou TGV passant sans même vous jeter un regard...
Vous dressez encore fièrement vers le ciel votre flèche désormais inutile, mais qui tel un doigt inquisiteur, semble vouloir nous dire : "Toi le voyageur,
souviens-toi..."
Pour un peu, Madame Lagrue, vous pourriez jouer l'ambassadeur du pays franc-comtois. Vos roues crantées n'évoquent-elles pas ces mouvements
d'horlogerie, ces rouages de montres qui firent tant pour cette région ?
Hélas le temps à fait son oeuvre. Combien de fois avait vous revêtue de robe différente Madame Lagrue, jusqu'à cette dernière qui peu à peu s'effiloche ou est mangée aux mites...
Par ailleurs, c'est la rouille qui vous ronge. Plus de cliquetis, de clac-clac-clac à chaque tour de roue, quand le cliquet retombait entre chaque dent de cette roue.
Plus non plus le bruit de cette chaîne qui vous faisait comme un collier. Cette chaîne qui montait et descendait au rythme des poids soulevés, des caisses transportées
ou des troncs d'arbre empilés. Et combien ont-ils été à s'échiner sur cette manivelle ?
Née en 1895, vous n'avez arrêté votre labeur que le 31 mai 1999, Madame Lagrue, après plus d'un siècle d'une vie riche en histoires ou anecdotes que
j'aurais eu plaisir à entendre. Ces histoires de fromagers amenant les meules de fromage de Comté, accompagnés de ces vignerons chantant en poussant
leur tonneau emplis de leur précieux nectar du Jura. Hélas le sort en a décidé autrement Madame Lagrue...
Puissiez-vous rester encore ici, et témoigner ainsi du travail des hommes, avant que vous ne nous quittiez pour un monde meilleur, rejoindre d'autres
Madame Lagrue...
Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?